Archives mensuelles : juillet 2015

Notre manège à nous

Un karaoké dans une exposition, ce n’est pas banal. Même si la rétrospective est consacrée à une chanteuse. La chanteuse. Piaf et sa voix qui vous fend par le milieu.piaf1-mk

Ami visiteur, prends tes regrets et va chanter au micro que tu n’en as aucun.

Bon. Plus tard peut-être.

La plupart préfèrent s’attarder devant les affiches, les photos, et l’écouter, elle.

Ses chansons sont là, dans l’audioguide, 50 ritournelles qui parlent d’amour et encore d’amour. De drames, de trahison, d’espoir. Et d’amour.

Edith Piaf est la reine de la BnF François Mitterrand jusqu’au 23 août prochain. Elle y est installée avec tout l’aplomb d’un poulbot parisien à la table des aristos. L’imposante institution, réceptacle de la culture française classique, mais aussi de ses traditions populaires, conserve en effet des milliers de documents et d’objets consacrés à celle dont on fête le centenaire de la naissance cette année.

Le Fonds Piaf a niché tout naturellement sous les grandes tours.

Ses disques y sont à l’abri, entourés des centaines de millions d’ouvrages qui tentent de percer les mystères de nos émotions, et les injustices de ce monde. Mais il suffit d’écouter sa voix quelques secondes pour avoir tout compris, tout reconnu.

Une leçon d’humilité, sans doute. Une inspiration renouvelée, sûrement.

Piaf chante les petites gens et leurs très grands sentiments.

Et nous sommes tous des petites gens. Intellectuels ou illettrés, Français ou étrangers, tout le monde essuie les verres au fond du café, tout le monde entend cette vérité.

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Piaf, elle même, n’est pas si différente des autres artistes. Ses triomphes, ses amours, ses drames, d’autres les ont vécus. Mais sa voix et sa présence sont incomparables.

L’expo a accroché l’une de ses « petites robes noires » de scène en surplomb. Comme un fantôme de petite fille en deuil. Puissante et jamais résignée.

Certes, Piaf ne laisse pas de répit, et son humanité palpitante rebute certains. On peut préférer d’autres voix, d’autres mots d’amour. Mais on ne peut pas ignorer Piaf.

Dans la rue jusqu’en 1935, dans les cabarets, dans les music-halls ou dans les plus grandes salles de concerts, elle a chanté avec la même nécessité jusqu’à la fin. Du premier au dernier jour, elle nous a parlé de nous. Et d’amour évidemment.