Archives mensuelles : août 2015

Le don dans le sang

C’est toujours l’été mais on arrive doucement aux dernières pages du cahier de vacances. A Paris, la plage sera bientôt balayée, et tout le monde regarde la rentrée en biais en essayant de penser à autre chose.

S’il y en a qui attendent le retour à la normale avec impatience, ce sont sans doute les employés de l’Etablissement Français du Sang. Ce 19 août, alors que le début de la semaine avait été, de leur propre aveu, “désertique”, il y a un peu de monde dans les locaux du Pavillon Laveran qui accueillent la collecte du sang à l’Hôpital Universitaire de la Pitié – Salpêtrière. sang

Quatre ou cinq habitués qui savent d’emblée s’ils sont plutôt “bras droit” ou “bras gauche” (là où se trouvent leurs meilleures veines).

Toute l’année, déjà, l’EFS est obligé de faire la danse du ventre et  de la pluie, d’en appeler à la générosité des citoyens, à la bonne conscience du quidam. Alors au mois d’août… Aux premiers beaux jours, les appels se multiplient, les camions sont de sortie. Dons de sang total, plaquettes, plasma… Il faut de tout.

 

Dès les grilles extérieures de l’hôpital, une pancarte invite à donner son sang. Et sur la plupart des panneaux indicateurs qui permettent de se repérer dans les 33 hectares de la Pitié Salpêtrière, le logo s’affiche. Rappel insistant. Pied de nez à nos égoïsmes.

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« Si tous ceux en âge de donner le faisaient, soupire le médecin chargé des entretiens “prédons”, on ne serait pas obligés de lancer toutes ces campagnes. Mais les gens ont un peu peur, surtout de faire un petit malaise ». De fait, dans la salle des prélèvements, les infirmières surveillent de près ceux qui sont en train de verser leur sang pour la bonne cause. Jambes en l’air et vaporisateur d’eau à la moindre alerte.

Il y a les donneurs de sang fidèles, réguliers, engagés, qui assurent les 10 000 dons quotidiens en France. 4% de la population en âge de le faire. Il y a ceux qui voudraient et qui ne peuvent pas, les malades du cœur, les anémiques chroniques. Le cas des homosexuels masculins est en train d’évoluer. Exclus depuis 1983 et l’épidémie de sida, un amendement voté au printemps dans la dernière loi santé doit leur permettre de pouvoir à nouveau donner leur sang, sous certaines conditions.

En France, la question des transfusions sanguines pèse encore lourd dans l’inconscient collectif.

Mais il y a tous ceux qui pourraient. Qui ont toujours mieux à faire. Qui n’aiment pas les piqûres. Pas envie de remplir quatre pages d’un questionnaire qui remonte à son appendicite du CM2 jusqu’à ses récentes pratiques sexuelles.pitié2

On n’y pense pas. Surtout on n‘y pense pas. Donner littéralement quelque chose de soi.

Pourtant, on n’a pas si souvent l’occasion de faire quelque chose de bien, en livrant si peu d’efforts. Un petit coup de piston à l’estime de soi. On devrait faire la queue devant les centres de don et dire merci en sortant.