Archives mensuelles : octobre 2015

Khmer et père

Toujours la même histoire. Ici, là-bas, ailleurs… Les contes, mythes et légendes qui fondent les civilisations du monde entier relatent inlassablement des récits de princesses contrariées, de princes persécutés ou de rois tourmentés. Le Cambodge ne fait pas exception à la règle. Le 3 octobre dernier, à l’occasion de la clôture des célébrations de la Fête de la Lune, le Ballet Classique Khmer (BCK) donnait une représentation dans la salle des fêtes de la mairie du 13e. Un spectacle spécialement créé pour l’occasion.
On y a donc vu l’histoire d’un prince exilé par son père, pour d’obscures raisons. De fait, tous les rois ne chérissent pas leurs héritiers et les pères envoient souvent leurs fils faire la guerre pour les éloigner du trône.
Enfin dans ce cas précis, le prince a surtout l’air désœuvré sur son île, mais par chance, il rencontre une jeune fille qui n’est pas débordée non plus. P1040900mk

Ses parents règnent sur les fonds marins, il n’y a donc pas de mésalliance en vue. Le destin peut s’accomplir, et très vite, la rencontre hésitante se transforme en coup de foudre. Tout naturellement, le prince entreprend de demander la main de la princesse en couvrant de présents ses bienveillants ascendants.

P1040911mk

L’éternel désir des parents, tout royaux soient-ils, de caser leur fille ? La munificence des cadeaux ? Les manières gracieuses du jeune homme (c’est une danseuse qui incarne le prince dans le ballet) ? Quelles que soient les raisons qui entraînent leur bénédiction, ils ne se font pas prier longtemps. Les célébrations peuvent commencer, les éventails virevolter et le jeune couple se réjouir.
De cette union symbolique de la terre et de l’eau serait né le Cambodge, littéralement surgi de la mer.

BCKmk

La pratique du ballet narratif est bien ancrée dans la tradition de la danse khmer. Ces chorégraphies lentes, délicates, aux postures si précises, trouvent leur origine dans l’imagerie des apsaras, les nymphes célestes indiennes représentées sur les bas-reliefs des temples d’Angkor.
Des déesses cambrées, aux visages impassibles, mais dont les mains dessinent les mille nuances de l’émotion. Une virtuosité qui aurait pu disparaître dans les années 70, quand les Khmers rouges traquaient toute forme d’art, surtout associé comme celui-ci à des cérémonies royales. Mais le Ballet Royal du Cambodge s’est finalement reformé en 1993 pour devenir aujourd’hui l’un des ambassadeurs les plus prisés de la culture locale.
Fondé en 1976 en France par la princesse Norodom Vacheahra, la demi-sœur du roi Norodom Sihanouk, le BCK a lui pour vocation de transmettre ici la culture millénaire de la danse khmer aux nouvelles générations et a survécu à la disparition de sa créatrice en 2013. Il s’ouvre même vers l’extérieur en n’accueillant pas uniquement des danseuses d’origine cambodgienne.
Après tout, les histoires de familles compliquées sont universelles.