Archives mensuelles : novembre 2015

Radicaux libres

Un tour de l’arrondissement, puis deux, et pourquoi pas trois. Des kilomètres pour avoir la sensation d’avancer. La marche, ça fait réfléchir. Un peu.

It2-mk

Une semaine après. Cette fois encore, on a gagné. Tant que la solidarité, la paix et la dignité… On a gagné. On voit défiler les photos dans les journaux et on pleure. On a gagné puisqu’on est capables de pleurer.

Un car de police

Et puis ces mots qui sont arrivés au cœur de la nuit : « Dis-moi que tu es chez toi… », comme d’autres chantaient autrefois « Surtout ne prends pas froid… ». Des tout petits mots tendres et doux. Chauds.lanne-mk-3

Tout à coup, on se rappelle combien on aime aimer, boire et chanter. En vrai. Le film aussi.

Plus personne ne nous dit « Mais comment tu fais pour vivre à Paris ?!… ». Finalement. Paradoxalement. Et Paris sent bon, Paris sourit. Bon, non, quand même pas. Mais presque…

Trois militaires

Là-bas, ou juste à côté, il y a les barbares. Les lâches salopards, les imbéciles manipulés… Tout ce qu’on peut leur trouver comme noms. Tout ce qu’ils sont.

On aimerait se dire que la vie n’est jamais entrée en eux, qu’elle les a juste frôlés et a trouvé porte close. La vie qui fait sourire et rebondir. La vie qui fait chier et s’accrocher.
Mais non, en fait, la vie est entrée en eux et puis elle est partie.
Il ne restait plus que du venin stagnant. Plus rien d’autre qui puisse entrer ou sortir. Une cristallisation haineuse comme il y a des cristallisations amoureuses. La « radicalisation ».

Conbat-mk

La sirène des pompiers

Et nous en face, sacs de sang et de larmes, tous un peu percés. On se remplit de ce qu’on peut, on évacue ce qu’on doit.
On sait bien qu’on n’est pas étanches. La vie, ça va ça vient. On verse et on vide. On cesse d’aimer. Des chanteurs, des fringues et des gens qu’on a pourtant serrés si fort.

On se regarde l’humanité comme on se regardait le nombril il n’y a  pas si longtemps encore. Pourvu que ça tienne.
Non, on n’est pas que joie et fraternité, amour et bonté, Paris et fête.

On a la colère pas loin, la rage souvent, la vengeance en coup de vent. Mais on surveille les digues. On s’inquiète de ceux qui ont déjà lâché prise et qui aboient un peu partout. Qui mordent la poussière.

gardiens-mk-2

Deux voitures en patrouille

Ça déborde chez le voisin, ça fait des taches au plafond. Pas chez toi, pas chez moi. Combien de temps. Combien de drames.

Ce petit bout de barbarie qui traîne en chacun de nous, on ne veut pas voir la gueule qu’il a. C’est ce qu’ils cherchent bien sûr. Nous secouer suffisamment pour qu’à bout de larmes et de sang versé, il ne nous reste que ce petit caillou coupant au fond du sac. Parce que cette bataille là, on ne la gagnerait jamais.

bib-kiefer-mk

Du coup, on n’a pas tellement le choix. On bravache du « même pas peur ». On se serre les coudes avant de le lever. On marche. On continue à faire des choses qui ne servent à rien. Pour le plaisir et pour oublier le caillou. On se radicalise nous aussi. Radicalement libres.