Un peu de lumière en plus

2015 est l’Année de la lumière en France. Un événement qui a peut être échappé à quelques-uns, mais qui a déjà donné lieu à toutes sortes de manifestations à travers le pays et que l’Université Paris-Diderot a décidé d’honorer avec éclat cet automne. Entre le 14 et le 17 septembre, Les Lumières de la vie proposent donc un programme dense de conférences et de rencontres, ouvert à tous et clairement multidisciplinaire. Art et science. Une curiosité et un savoir universels, le rêve éternel de tous ceux qui s’aventurent dans le sillage lointain de Pic de la Mirandole.

Pour la soirée d’ouverture, les organisateurs avaient concocté un subtil mélange : d’abord la diffusion de Towards the light une œuvre vidéo d’Evi Keller, qui expose jusqu’au 27 septembre à la Galerie Jaeger Bucher à Paris.

Evi Keller - Towards the light
Towards the light – Evi Keller

 

Une invitation sensible aux visions scintillantes et humides. Au programme également, un détour par le siècle des Lumières, incontournable dans la maison de Diderot, des lectures de et avec Jacques Roubaud et deux incursions chez le peintre de la lumière, Turner, et celui du ciel, Constable.

Constable, qui nourrissait une passion toujours renouvelée pour les orages menaçants et les arcs-en-ciel délicats, avait estimé, comme l’a rapporté le spécialiste Pierre Wat : « On ne voit rien véridiquement avant de l’avoir compris ». Le grand paysagiste était donc devenu un éminent météorologue de son époque pour qui les nuages n’avaient plus de secrets.

Pluie d'orage sur la mer - John Constable
Pluie d’orage sur la mer – John Constable

Depuis toujours, “l’Université” cherche à combattre l’ombre épaisse de l’obscurantisme par les lumières tamisées de ses salles d’études. Est-ce plus efficace que les grands incendies qui déchirent le monde hors de ses murs ? C’est indispensable en tout cas. L’élan des philosophes du XVIIIe siècle, appelant plus ou moins directement leurs contemporains à cultiver “l’audace de raisonner par soi-même”, a ouvert tant de volets clos. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Pour le commun des mortels, il s’agit de voir un peu, et de comprendre de son mieux. C’est déjà beaucoup. Paris-Diderot va poursuivre son exploration de la lumière jusqu’au 10 octobre avec une série de conférences, portées par ce même leitmotiv, Toute une science/Tout un art. Le 8 octobre à 18 heures, un laser reliera le bâtiment des Grands Moulins à celui de la Halle aux Farines. Au bout du faisceau, des images seront projetées sur le mur des Grands Moulins. Qui les comprendra ? Qui les verra vraiment ?

Château de Norham - William Turner
Château de Norham – William Turner

Chercher la lumière, encore et toujours. Artistes, scientifiques, mystiques. Eux et nous. Amoureux de la nuit. Tous en quête d’une étincelle.

3 réflexions au sujet de « Un peu de lumière en plus »

  1. Constable aurait aimé mon trajet en voiture mercredi soir, et l’arrivée sur l’estuaire de la Loire… Nuages d’orage, et pourtant la lumière du soir sur la mer houleuse. Et le vent, le vent poussant deux bateaux contre le mur du remblais, brisant deux arbres sous ses rafales. Les bateaux et les arbres n’ont rien compris. Moi je les ai vus un peu.
    Armelle

  2. Le temps comme la lumière passe vite, mais ça fait envie. Je vais en parler à ma fille, qui en master à AgroParisTech a des cours à Diderot. Je ne suis pas tout à fait sûre que ces jeunes étudiants apprentis sorciers sachent encore vraiment ce qu’ils font, de qui ils descendent et qu’il leur faut défendre la lumière et la beauté du monde… et raisonner par eux-mêmes.

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