Les enfants de la Tour

Un mois entre parenthèses. « J’espère qu’il n’y aura pas trop de monde » disait juste avant l’ouverture Mehdi Ben Cheikh, le directeur de la galerie Itinerrance à l’origine du projet de la Tour Paris 13. En fait il y a eu beaucoup trop de monde. Tant pis, tant mieux. Du 1er au 31 octobre 2013, l’immeuble a été ouvert au public. 1000 personnes par jour, par petits groupes de 49… Des heures et des heures d’attente donc, pour visiter cet immeuble de 9 étages, construit dans les années 60 quai d’Austerlitz et voué à la démolition. Un musée éphémère, où la crème mondiale du Street Art (plus de 100 artistes) était venue s’exprimer discrètement et sans contrainte au cours des mois précédents.

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L’endroit est instantanément devenu le plus couru de Paris, petit palais poussiéreux et magique offert à des artistes éclos dans la rébellion, bien souvent dans l’illégalité et toujours dans les marges.

La frustration faisait donc partie de l’expérience. L’angoisse de rater un truc important est aussi une émotion partagée. La nécessité de voir la chose en vrai, malgré la possibilité du virtuel. Et puis tout a disparu dans un nuage de poussière, avec panache, en avril 2014.

Mais l’éphémère a laissé des traces. Il reste un livre, des photos, un film…

On découvre les artistes au travail dans le documentaire de Thomas Lallier, La Tour Paris 13, diffusé le 23 juin dernier sur France Ô. Le pantacourt-capuche a la cote. La créativité s’accroît peut-être quand on a les mollets à l’air et la tête au chaud. Des adultes à l’allure adolescente s’affairent, plus ou moins jeunes, venus du monde entier. Des garçons, surtout.

Chacun a investi une pièce. L’ombre des anciens occupants plane sur les lieux. Au milieu des gravats, des éviers abandonnés et des ustensiles cassés, on devine des souvenirs qui s’accrochent. Du quotidien, des espoirs, des galères et des enfants qui se sont ennuyés dans leurs chambres.

Tous les enfants  s’ennuient dans leurs chambres.

Certains artistes ont donc choisi de leur donner un visage. Un peu tristes, un peu absents, et qui leur ressemblent sans doute beaucoup…

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Le chantier en juin 2015

Aujourd’hui, les grues et les tractopelles ont réinvesti les lieux. Un nouvel immeuble va surgir dans l’îlot Fulton, avec des appartements savamment déboîtés, comme dans les tours Jenga. L’affiche ensoleillée promet du bonheur, du confort…

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On espère que les gens y seront heureux, bien sûr. Mais on sait déjà que des enfants vont s’y ennuyer. Rêver d’ailleurs. Et on s’en réjouit. Certains iront peut-être peindre des fresques sur les murs du monde entier, juste pour montrer ce qui leur semble beau.

Une réflexion au sujet de « Les enfants de la Tour »

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